Et, un film formidable de plus pour 2011 : "Et maintenant on va où ?"
Dans un village libanais où chrétiens et musulmans ont toujours vécu en bonne entente, les femmes vont devoir mettre en œuvre différents stratagèmes pour empêcher les hommes de se faire la guerre, avec la complicité de l'imam et du prêtre...
Du rire, des larmes. Un film plein de chaleur et de bon sens, qui repose sur le postulat que l’intelligence du cœur des femmes est bien plus grande que celle des hommes… malheureusement, ce n’est pas toujours vrai…
Une salle quasiment pleine, des applaudissements à la fin : je ne suis pas la seule à avoir apprécié !
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lundi 26 septembre 2011
dimanche 24 juillet 2011
Afghanistan, Congo, Pakistan, Inde et Somalie
... les 5 pays les plus dangereux pour les femmes.
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| Portrait saccagé d'une candidate au Parlement en Afghanistan à Heirat |
Libellés :
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INDE,
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SOCIETE
vendredi 3 juin 2011
Au Japon, des retraités volontaires pour sauver Fukushima
"Un groupe d'ingénieurs à la retraite fait des pieds et des mains pour faire accepter l'idée que ce sont eux, et non les jeunes, qui devraient se sacrifier pour réparer la centrale de Fukushima..."
Lecture à suivre sur Aujourd'hui, le Japon
Lecture à suivre sur Aujourd'hui, le Japon
jeudi 2 juin 2011
Sasakawa, un criminel de guerre respecté
par Denis Boneau
"Leader d’un parti fasciste nippon, Ryoichi Sasakawa développa une armée privée pour exploiter la Mandchourie et la Mongolie. Convaincu des pires crimes pendant la Seconde Guerre mondiale, il ne fut pas jugé par les alliés, mais recyclé par les États-Unis pour lutter contre le communisme. S’appuyant sur des organisations criminelles, les yakusas, il prit le contrôle du Parti libéral au pouvoir et se constitua une des plus grandes fortunes du monde. Se muant en bienfaiteur de l’humanité, il finança une fondation philanthropique qui servit aussi à appliquer ses conceptions politiques dans des États du tiers-monde..."
Lecture à poursuivre sur Réseau Voltaire
"Leader d’un parti fasciste nippon, Ryoichi Sasakawa développa une armée privée pour exploiter la Mandchourie et la Mongolie. Convaincu des pires crimes pendant la Seconde Guerre mondiale, il ne fut pas jugé par les alliés, mais recyclé par les États-Unis pour lutter contre le communisme. S’appuyant sur des organisations criminelles, les yakusas, il prit le contrôle du Parti libéral au pouvoir et se constitua une des plus grandes fortunes du monde. Se muant en bienfaiteur de l’humanité, il finança une fondation philanthropique qui servit aussi à appliquer ses conceptions politiques dans des États du tiers-monde..."
Lecture à poursuivre sur Réseau Voltaire
jeudi 26 mai 2011
dimanche 8 mai 2011
Pardon à l'eau et à la mer
Beau texte sur le Japon écrit par Yves Simon dans Le Monde du 23 avril.
"Que ne s'est-il passé depuis ce début 2011 qui ne nous glace le coeur, nous enthousiasme ou nous désespère ! Il y eut les révoltes tunisienne et égyptienne, qui mirent hors d'état de nuire des dictateurs que notre Etat, et bien d'autres, fréquentaient sans discernement. Puis suivirent les révoltes libyenne, syrienne et yéménite, qui, pour l'heure, semblent sans issue. Survint alors le triple big bang japonais, un tsunami ravageur, un tremblement de terre et une menace nucléaire invisible et pourtant bien réelle qui se dissémine dans l'air, la terre et l'océan. "Shikata ga nai", disent les japonais ("On n'y peut rien !"). Que répondre à cela ? On ne s'indigne pas devant un ordre de la nature, on s'y soumet, les larmes coulent à l'intérieur des corps afin de n'apparaître jamais au vu et au su de ceux qui vous observent et attendent de vous tressaillement et effondrement. Pourtant, "huit cent huit dieux" avaient depuis toujours la garde du troupeau des rêves, mais que peuvent faire les dieux face à un déchaînement tellurique à la force décuplée ?"
La suite à lire ici.
"Que ne s'est-il passé depuis ce début 2011 qui ne nous glace le coeur, nous enthousiasme ou nous désespère ! Il y eut les révoltes tunisienne et égyptienne, qui mirent hors d'état de nuire des dictateurs que notre Etat, et bien d'autres, fréquentaient sans discernement. Puis suivirent les révoltes libyenne, syrienne et yéménite, qui, pour l'heure, semblent sans issue. Survint alors le triple big bang japonais, un tsunami ravageur, un tremblement de terre et une menace nucléaire invisible et pourtant bien réelle qui se dissémine dans l'air, la terre et l'océan. "Shikata ga nai", disent les japonais ("On n'y peut rien !"). Que répondre à cela ? On ne s'indigne pas devant un ordre de la nature, on s'y soumet, les larmes coulent à l'intérieur des corps afin de n'apparaître jamais au vu et au su de ceux qui vous observent et attendent de vous tressaillement et effondrement. Pourtant, "huit cent huit dieux" avaient depuis toujours la garde du troupeau des rêves, mais que peuvent faire les dieux face à un déchaînement tellurique à la force décuplée ?"
La suite à lire ici.
dimanche 20 mars 2011
Hommage aux Japonais

Capucine – http://c4pucine.daportfolio.com/
En hommage aux Japonais, deux vidéos de l'Office de Tourisme Japonais (2008) :
Sendai et sa région
Soulful Japan
Mes pensées pour les Japonais...
mercredi 1 septembre 2010
Maquillage d'une geisha, fascinant !
Au hasard de mes recherches sur le net, la découverte d'un documentaire : Maiko or Geisha Painting Her Face.
Durant 33 min, une Japonaise se maquille...
Fascinant !
Tout aussi fascinant que le maquillage des danseurs de kathakali auquel j'avais pu assister au Kerala.
Voyez vous-même !
lundi 30 août 2010
Rapports familiaux au Japon
A lire sur Courrier International (27.08.2010): La famille, première victime de la crise
La récente affaire des centenaires dont le décès avait été caché par leurs enfants a révélé l'état catastrophique des rapports familiaux dans l'archipel. Dans un pays où le vieillissement de la population s'accélère, la question de l'isolement des personnes âgées fait désormais débat.
De nombreux centenaires japonais sont portés disparus. Les circonstances de leur disparition sont diverses et variées. Dans certains cas, ils ne sont plus en contact avec leur famille depuis des années. Dans d'autres, leurs proches ont préféré ne pas déclarer leur décès pour pouvoir empocher leur pension de retraite. Face à de tels événements, on en vient à se demander si la famille nippone n'est pas au bord de l'effondrement. En tout cas, le temps semble venu de réfléchir aux relations des personnes âgées avec leur famille. Selon le Livre blanc de 2010 sur le vieillissement de la population japonaise, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans vivant seules s'élevait à environ 900 000 en 1980. Il a quadruplé en vingt-cinq ans pour atteindre 3,9 millions en 2005. Inversement, le pourcentage de celles vivant avec un membre de leur famille, qui atteignait 69 % en 1980, est tombé à 44,1 % en 2008.
Je me suis entretenu sur la question avec Daiki Nakashita, un moine de 35 ans. Il travaille sur les difficultés que rencontrent les personnes âgées isolées, trouvant la mort dans la solitude ou se suicidant. Ce jour-là encore, il faisait une chaleur caniculaire de plus de 35 °C. Comme pour fuir le soleil écrasant, je me suis hâté vers le café où nous avions rendez-vous. "Il ne fait aucun doute pour moi que la structure de la famille est en train de changer", m'a-t-il dit dès le début. Cet homme dirige un réseau d'aide aux funérailles qui prend en charge celles des personnes âgées démunies ou sans famille. Auparavant, il travaillait dans un établissement de soins palliatifs pour cancéreux. C'est ainsi qu'il s'est trouvé en contact avec toutes sortes de familles. Une nuit, alors qu'il appelait les proches d'un malade pour leur annoncer que l'état de celui-ci s'était soudain aggravé, il a entendu hurler à l'autre bout du fil : "Vous croyez que c'est une heure pour appeler les gens ?"
"On croit que ce type de réaction est marginale, mais c'est celle de familles tout à fait ordinaires. De mon expérience, je peux vous dire que peu nombreuses sont les familles qui se réunissent au chevet de leur grand-parent mourant. Que les personnes âgées meurent dans la solitude ou se suicident, cela découle du même problème, la famille n'intervenant plus comme l'ultime soutien. Récemment, on qualifie de plus en plus souvent notre société contemporaine de "sans liens", mais, personnellement, je dirais que, même si les liens familiaux subsistent, ils n'agissent pas suffisamment en tant que tels", explique-t-il. Cependant, il existe également des gens qui préfèrent vivre seuls, car ils se sentent plus tranquilles ainsi. Selon le même Livre blanc, le nombre de personnes de plus de 60 ans qui souhaitaient vivre avec un de leurs enfants ou petit-enfants était d'environ 60 % en 1980, mais en 2005 il était tombé à 34,8 %. Ces chiffres corroborent une tendance croissante chez les personnes âgées à vouloir vivre à distance de leurs enfants."Tant qu'on est en bonne santé, on peut penser que c'est plus commode de vivre seul. Mais lorsqu'on est malade ou à l'article de la mort, je pense qu'on a besoin de compagnie. C'est vraiment triste de mourir seul", note Daiki Nakashita.
J'ai également rencontré Katsuyoshi Kawai, professeur à l'université Meiji, qui étudie le problème de la solitude chez les personnes âgées depuis plus de vingt ans. A peine ai-je franchi le seuil de son bureau qu'il m'a tendu la photocopie d'un article de journal, en me disant : "Lisez ceci". L'article datait de septembre 1995. Cette année-là, Katsuyoshi Kawai avait réalisé une enquête auprès des habitants de plus de 65 ans de l'arrondissement de Daito, à Tokyo. Il en était ressorti que ceux qui avaient passé les fêtes de fin d'année seuls étaient plus nombreux que ceux qui les avaient passées en compagnie de leurs enfants. L'isolement des personnes âgées qui fait aujourd'hui polémique est donc loin d'être un phénomène récent. Alors pourquoi se manifeste-t-il aujourd'hui ? "La pauvreté est un facteur important dans le problème des disparitions qui défraient actuellement la chronique, affirme Katsuyoshi Kawai. Les différentes générations ayant vu diminuer leurs moyens d'existence, elles ne veulent plus s'occuper de leurs parents." La pauvreté est bien la base du problème, comme en témoigne le nombre important de gens qui ont touché illégalement la retraite de leurs parents. Les familles sont trop pauvres pour aider. Notre pays s'est livré à une course effrénée à la croissance après la Seconde Guerre mondiale. Mais quelle tristesse d'en arriver là au XXIe siècle !
Auteur : Yoshiaki Ebata | Journal : Mainichi Shimbun
jeudi 26 août 2010
Japon, disparition de centenaires
A lire, encore dans Le Monde, les articles du 2 août et du 13 août dernier.
"Le Japonais qui s'était momifié de son vivant
On le pensait l'homme le plus âgé de Tokyo (111 ans). La police vient de découvrir chez lui son corps momifié : il serait mort depuis trente ans. Lorsque la mairie de l'arrondissement d'Adachi voulut vérifier que Sogen Kato, né le 22 juillet 1899, était bien vivant, elle fut éconduite par sa fille (81 ans) arguant que son "père ne voulait voir personne". La petite-fille, 53 ans, déclara cependant le lendemain à la police que son grand-père avait décidé de devenir un "Bouddha vivant" et que le têtu vieillard refusait depuis trente ans à quiconque de pénétrer dans sa chambre.
Macabre fait divers cachant probablement une escroquerie car le défunt touchait les indemnités versées aux personnes âgées et les certificats de vie étaient falsifiés... Le respect de "l'intimité" du patriarche reclus dans sa chambre depuis trente ans est en tout cas bien mystérieux...
Qu'ils reflètent ou non la vérité, les propos de la petite-fille faisant état du désir de son grand-père de devenir "Bouddha vivant" sont troublants : ils font inopinément surgir dans le Japon du XXIe siècle une vieille pratique d'automomification des adeptes de la "voie de l'ascèse" (shugendo) issue du courant du bouddhisme ésotérique.
DOCTRINE ASCÉTIQUE
Dans des temples de la région de Yodono (préfecture de Yamagata, au nord du Honshu), on peut voir une vingtaine de momies de moines anachorètes datant du XIVe au XIXe siècle, en position de méditation assise, qui sont l'objet de dévotions des pèlerins. Au fil d'une ascèse - "entrer dans l'immobilité" (nyujo) - consistant à s'asseoir, jambes croisées, en retenant son souffle et les battements de son coeur, le croyant est supposé sanctifier son corps. Et à l'issue d'un long jeûne anorexique, il "abandonne" son enveloppe corporelle.
Contrairement à l'Egypte, dont le climat sec facilitait la momification, le Japon a un taux d'hydrométrie élevé. Aussi ceux qui voulaient "abandonner leur corps" devaient-ils commencer par le laisser dépérir en se privant de céréales puis, après deux mille jours, de fruits et d'herbes pour ne plus boire que de l'eau. Au moment où la mort d'inanition advenait, le corps était déjà presque momifié. Ensuite, on l'enfouissait dans une tombe de pierre pendant trois ans. Puis il était ressorti. Comme les momies de grands lamas tibétains obtenues par salaison, les momies japonaises étaient parfois enduites de laque.
Cet abandon du corps ne s'apparente pas dans la doctrine ascétique à un suicide mais vise à une existence simultanée dans le monde des vivants et le Nirvana. Pratiquée en Chine depuis le IVe siècle, elle arriva au Japon au XIe. L'interdiction de l'excavation d'un tombeau par le code pénal en 1880 y mit fin, en privant les candidats à la momification d'un enterrement provisoire de trois ans. Le centenaire de Tokyo voulait-il "abandonner son corps" ou fut-il emporté par une mort banale, dissimulée pour des motifs bien prosaïques ?
Philippe Pons (Tokyo, correspondant)"
"Deux cents centenaires restent introuvables au Japon
Vous vous souvenez sans doute du doyen de Tokyo, Sogen Kato, 111 ans sur les registres d'état civil, qui gisait sur son lit depuis trente ans, quand la police l'a découvert récemment. Ce centenaire factice ne serait en réalité pas le seul.
Plusieurs enquêtes, lancées depuis lors dans tout l'archipel, révèlent que près de 200 Japonais centenaires sont introuvables et probablement morts depuis longtemps.
DES ANNÉES SANS AVOIR RECOURS AUX SERVICES SOCIAUX OU MÉDICAUX
Rien que dans la ville de Kobe, à l'ouest du pays, où 847 Japonais nés il y a plus de 100 ans sont officiellement enregistrés par les services municipaux, 105 personnes ont disparu de la circulation et n'ont pas recouru aux services sociaux ou médicaux au cours des dernières années. "La ville a lancé des investigations concernant ces personnes", a déclaré un fonctionnaire municipal.
Parmi ces "disparus" figure une femme qui serait aujourd'hui âgée de 125 ans et serait donc la vraie doyenne du Japon, dépassant Chiyono Hasegawa, une femme de 113 ans, vivant dans la préfecture de Saga (sud).
SOUPÇONS DE FRAUDE AUX PENSIONS
L'opinion publique a été choquée d'apprendre que certains centenaires avaient disparu sans que leurs enfants ni leurs voisins ne s'en aperçoivent ou ne le signalent, ce qui, selon les sociologues, est symptomatique d'une rupture des liens communautaires et familiaux.
Des soupçons de fraude pèsent, en outre, sur certains proches qui n'auraient pas déclaré le décès de leurs aïeux pour continuer à empocher leurs pensions."
Rappel : Records de longévité
L'archipel compte officiellement plus de 40 000 centenaires sur une population de 127 millions d'habitants, qui bat des records de longévité : 86,44 ans en moyenne pour les femmes, premier rang mondial, et 79,59 ans pour les hommes, cinquième rang.
"Le Japonais qui s'était momifié de son vivant
On le pensait l'homme le plus âgé de Tokyo (111 ans). La police vient de découvrir chez lui son corps momifié : il serait mort depuis trente ans. Lorsque la mairie de l'arrondissement d'Adachi voulut vérifier que Sogen Kato, né le 22 juillet 1899, était bien vivant, elle fut éconduite par sa fille (81 ans) arguant que son "père ne voulait voir personne". La petite-fille, 53 ans, déclara cependant le lendemain à la police que son grand-père avait décidé de devenir un "Bouddha vivant" et que le têtu vieillard refusait depuis trente ans à quiconque de pénétrer dans sa chambre.
Macabre fait divers cachant probablement une escroquerie car le défunt touchait les indemnités versées aux personnes âgées et les certificats de vie étaient falsifiés... Le respect de "l'intimité" du patriarche reclus dans sa chambre depuis trente ans est en tout cas bien mystérieux...
Qu'ils reflètent ou non la vérité, les propos de la petite-fille faisant état du désir de son grand-père de devenir "Bouddha vivant" sont troublants : ils font inopinément surgir dans le Japon du XXIe siècle une vieille pratique d'automomification des adeptes de la "voie de l'ascèse" (shugendo) issue du courant du bouddhisme ésotérique.
DOCTRINE ASCÉTIQUE
Dans des temples de la région de Yodono (préfecture de Yamagata, au nord du Honshu), on peut voir une vingtaine de momies de moines anachorètes datant du XIVe au XIXe siècle, en position de méditation assise, qui sont l'objet de dévotions des pèlerins. Au fil d'une ascèse - "entrer dans l'immobilité" (nyujo) - consistant à s'asseoir, jambes croisées, en retenant son souffle et les battements de son coeur, le croyant est supposé sanctifier son corps. Et à l'issue d'un long jeûne anorexique, il "abandonne" son enveloppe corporelle.
Contrairement à l'Egypte, dont le climat sec facilitait la momification, le Japon a un taux d'hydrométrie élevé. Aussi ceux qui voulaient "abandonner leur corps" devaient-ils commencer par le laisser dépérir en se privant de céréales puis, après deux mille jours, de fruits et d'herbes pour ne plus boire que de l'eau. Au moment où la mort d'inanition advenait, le corps était déjà presque momifié. Ensuite, on l'enfouissait dans une tombe de pierre pendant trois ans. Puis il était ressorti. Comme les momies de grands lamas tibétains obtenues par salaison, les momies japonaises étaient parfois enduites de laque.
Cet abandon du corps ne s'apparente pas dans la doctrine ascétique à un suicide mais vise à une existence simultanée dans le monde des vivants et le Nirvana. Pratiquée en Chine depuis le IVe siècle, elle arriva au Japon au XIe. L'interdiction de l'excavation d'un tombeau par le code pénal en 1880 y mit fin, en privant les candidats à la momification d'un enterrement provisoire de trois ans. Le centenaire de Tokyo voulait-il "abandonner son corps" ou fut-il emporté par une mort banale, dissimulée pour des motifs bien prosaïques ?
Philippe Pons (Tokyo, correspondant)"
"Deux cents centenaires restent introuvables au Japon
AFP/JIJI PRESS
Une Japonaise montre la photo de mariage de sa belle-mère, âgée de 102 ans, qui a disparu.Vous vous souvenez sans doute du doyen de Tokyo, Sogen Kato, 111 ans sur les registres d'état civil, qui gisait sur son lit depuis trente ans, quand la police l'a découvert récemment. Ce centenaire factice ne serait en réalité pas le seul.
Plusieurs enquêtes, lancées depuis lors dans tout l'archipel, révèlent que près de 200 Japonais centenaires sont introuvables et probablement morts depuis longtemps.
DES ANNÉES SANS AVOIR RECOURS AUX SERVICES SOCIAUX OU MÉDICAUX
Rien que dans la ville de Kobe, à l'ouest du pays, où 847 Japonais nés il y a plus de 100 ans sont officiellement enregistrés par les services municipaux, 105 personnes ont disparu de la circulation et n'ont pas recouru aux services sociaux ou médicaux au cours des dernières années. "La ville a lancé des investigations concernant ces personnes", a déclaré un fonctionnaire municipal.
Parmi ces "disparus" figure une femme qui serait aujourd'hui âgée de 125 ans et serait donc la vraie doyenne du Japon, dépassant Chiyono Hasegawa, une femme de 113 ans, vivant dans la préfecture de Saga (sud).
SOUPÇONS DE FRAUDE AUX PENSIONS
L'opinion publique a été choquée d'apprendre que certains centenaires avaient disparu sans que leurs enfants ni leurs voisins ne s'en aperçoivent ou ne le signalent, ce qui, selon les sociologues, est symptomatique d'une rupture des liens communautaires et familiaux.
Des soupçons de fraude pèsent, en outre, sur certains proches qui n'auraient pas déclaré le décès de leurs aïeux pour continuer à empocher leurs pensions."
Rappel : Records de longévité
L'archipel compte officiellement plus de 40 000 centenaires sur une population de 127 millions d'habitants, qui bat des records de longévité : 86,44 ans en moyenne pour les femmes, premier rang mondial, et 79,59 ans pour les hommes, cinquième rang.
Japon, conformisme et excentricité
A lire, un article paru dans Le Monde le 20 août dernier.
"Errance dans le Japon excentrique
Excentrique ? Le mot paraît déplacé, sinon incongru, à propos d'un Japon qui passe pour conformiste, formaliste, étouffant l'individu sous le poids d'un consensus, verdict de l'opinion plus que des suffrages.
Sans doute, par excentrique, entendez-vous ces jeunes déjantés des quartiers branchés qui se défoncent dans le look : des lolitas qui sont toujours "quelque chose" ("sweet" enfantines, "cyber" futuristes, "pink" enrubannées, gothic avec un côté victorien...). Non, pas cette excentricité-là, frelatée, dont les tenants se conforment à des codes vestimentaires - simplement minoritaires. Alors, peut-être, l'excentricité flamboyante de quelques faiseurs d'opinion ou de mode, emportés dans une inlassable réalisation de soi : ce "Be yourself" vanté par une marque de cigarette ? Non, pas cette excentricité-là non plus : tout le monde est "excentrique" dans ce bricolage personnalisé d'un frénétique accomplissement personnel. Nous parlons d'une autre excentricité, peu spectaculaire, qui sourd d'une attitude vis-à-vis du monde, d'une indifférence aux usages sociaux - pas forcément "anarchisante" ou ascétique, mais sereinement distante du brouhaha de l'époque.
Où est cette excentricité-là dans le Japon moderne ? On en voudrait un guide, un parcours fléché pour la dénicher, la photographier, l'interviewer, l'épingler comme un insecte rare... Il n'y en a pas : elle se niche dans les plis de la société admise.
Ici comme ailleurs, on la découvre au fil de ses propres quêtes. Ce non-conformisme échappe aux rets de la sociologie mais affleure sous la plume sensible d'un écrivain comme Michaël Ferrier, qui sait au fil de ses écrits en relever des fragments "lézardant l'image monotone et monolithique" de ce pays. A Tokyo en particulier, "ville de contraintes et d'ordre qui suscite en permanence de nouvelles façons d'être libre et de penser" (...), "une ville qui connaît finalement un mode de transport privilégié : l'errance, et un mode de vie : le questionnement", écrit-il dans un joli roman, Sympathie pour le fantôme (Gallimard, "L'infini", 250 p., 17,90 euros).
L'excentricité dont nous parlons s'enracine dans une riche histoire, pan attachant, et largement inconnu à l'étranger, de la culture japonaise. De cette "échappée belle", François Lachaud, directeur d'études à l'Ecole française d'Extrême-Orient, donne un aperçu dans un livre passionnant : Le vieil homme qui vendait du thé. Excentricité et retrait du monde dans le Japon du XVIIIe siècle (Cerf, 152 p., 16 euros).
Encore un livre savant avec notes en bas de page et mots en japonais... un livre "à se prendre la tête" ? Erudit certes, mais avec brio. Alors, pourquoi perdre son temps à lire des platitudes ressassant les clichés dont vous êtes déjà abreuvé pour refermer ces livres dits "grand public", réconforté par un : "C'était bien ce que je pensais". En d'autres termes, ne rien avoir appris mais avoir été nourri des pseudo-évidences de quelques anecdotes supplémentaires ? Par son érudition précisément, grâce à des fulgurances qui font passer d'un maître zen à La Rochefoucauld ou au poète portugais Fray Luis de Leon, ce Vieil homme qui vendait du thé a le mérite d'offrir deux niveaux de lecture : une, savante, pour les spécialistes qui en feront leur miel, et l'autre, légère, pour ce que l'on aurait appelé autrefois un honnête homme, qui y picorera des graines à réflexion sur l'époque Edo (XVIIe-XIXe siècle), période de la proto-modernité japonaise, l'art du thé (plus complexe que la vulgate de ladite "cérémonie") et la sécularisation du discours ascétique dans les pratiques littéraires à travers la vie de ce moine revenu à la vie laïque.
Le rayonnement exceptionnel de notre moine dans le Kyoto du milieu du XVIIIe siècle, sa fréquentation d'autres personnages hors du commun, tels que le célèbre peintre Jakuchu Ito (1716-1800), pour lesquels le retrait du monde était non pas synonyme de solitude mais d'un repli sur les affinités électives d'amitiés complices, influença l'attitude des lettrés, dont l'écrivain libertin Kafu Nagai (1979-1959) fut un épigone.
Retirés du monde pour s'affranchir de ses contraintes dans une farouche quête de liberté, ces excentriques estimaient que "l'attitude normale était précisément de sortir de la normalité". Et ils étaient admirés par leurs contemporains pour ce choix de vie.
Et aujourd'hui ? François Lachaud évoque le retour d'une attirance diffuse pour le détachement du monde dans une société vieillissante. L'allongement de la vie et la solitude choisie ou involontaire, marquée du sceau "infamant" de l'inutilité au regard du productivisme, conduisent à repenser les modes de vie et les relations à la communauté : "Le souci de soi, de la part d'ombre, le monde intérieur, la culture du détachement du monde sont une des formes essentielles de la recherche d'identité dans le Japon d'aujourd'hui."
L'excentricité est une construction historique et sociologique qui varie en fonction des époques et migre d'un domaine à un autre. Dans la riche expérience de leurs excentriques - ou excentrés - du passé, qui ont élevé le retrait du monde au niveau d'une esthétique de vie, les Japonais contemporains ont bien des voies à méditer.
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Courriel : pons@lemonde.fr
Philippe Pons"
"Errance dans le Japon excentrique
AFP/YOSHIKAZU TSUNO
Non, pas cette excentricité des jeunes japonais déjantés des quartiers branchés qui se défoncent dans le look.Excentrique ? Le mot paraît déplacé, sinon incongru, à propos d'un Japon qui passe pour conformiste, formaliste, étouffant l'individu sous le poids d'un consensus, verdict de l'opinion plus que des suffrages.
Sans doute, par excentrique, entendez-vous ces jeunes déjantés des quartiers branchés qui se défoncent dans le look : des lolitas qui sont toujours "quelque chose" ("sweet" enfantines, "cyber" futuristes, "pink" enrubannées, gothic avec un côté victorien...). Non, pas cette excentricité-là, frelatée, dont les tenants se conforment à des codes vestimentaires - simplement minoritaires. Alors, peut-être, l'excentricité flamboyante de quelques faiseurs d'opinion ou de mode, emportés dans une inlassable réalisation de soi : ce "Be yourself" vanté par une marque de cigarette ? Non, pas cette excentricité-là non plus : tout le monde est "excentrique" dans ce bricolage personnalisé d'un frénétique accomplissement personnel. Nous parlons d'une autre excentricité, peu spectaculaire, qui sourd d'une attitude vis-à-vis du monde, d'une indifférence aux usages sociaux - pas forcément "anarchisante" ou ascétique, mais sereinement distante du brouhaha de l'époque.
Où est cette excentricité-là dans le Japon moderne ? On en voudrait un guide, un parcours fléché pour la dénicher, la photographier, l'interviewer, l'épingler comme un insecte rare... Il n'y en a pas : elle se niche dans les plis de la société admise.
Ici comme ailleurs, on la découvre au fil de ses propres quêtes. Ce non-conformisme échappe aux rets de la sociologie mais affleure sous la plume sensible d'un écrivain comme Michaël Ferrier, qui sait au fil de ses écrits en relever des fragments "lézardant l'image monotone et monolithique" de ce pays. A Tokyo en particulier, "ville de contraintes et d'ordre qui suscite en permanence de nouvelles façons d'être libre et de penser" (...), "une ville qui connaît finalement un mode de transport privilégié : l'errance, et un mode de vie : le questionnement", écrit-il dans un joli roman, Sympathie pour le fantôme (Gallimard, "L'infini", 250 p., 17,90 euros).
L'excentricité dont nous parlons s'enracine dans une riche histoire, pan attachant, et largement inconnu à l'étranger, de la culture japonaise. De cette "échappée belle", François Lachaud, directeur d'études à l'Ecole française d'Extrême-Orient, donne un aperçu dans un livre passionnant : Le vieil homme qui vendait du thé. Excentricité et retrait du monde dans le Japon du XVIIIe siècle (Cerf, 152 p., 16 euros).
Encore un livre savant avec notes en bas de page et mots en japonais... un livre "à se prendre la tête" ? Erudit certes, mais avec brio. Alors, pourquoi perdre son temps à lire des platitudes ressassant les clichés dont vous êtes déjà abreuvé pour refermer ces livres dits "grand public", réconforté par un : "C'était bien ce que je pensais". En d'autres termes, ne rien avoir appris mais avoir été nourri des pseudo-évidences de quelques anecdotes supplémentaires ? Par son érudition précisément, grâce à des fulgurances qui font passer d'un maître zen à La Rochefoucauld ou au poète portugais Fray Luis de Leon, ce Vieil homme qui vendait du thé a le mérite d'offrir deux niveaux de lecture : une, savante, pour les spécialistes qui en feront leur miel, et l'autre, légère, pour ce que l'on aurait appelé autrefois un honnête homme, qui y picorera des graines à réflexion sur l'époque Edo (XVIIe-XIXe siècle), période de la proto-modernité japonaise, l'art du thé (plus complexe que la vulgate de ladite "cérémonie") et la sécularisation du discours ascétique dans les pratiques littéraires à travers la vie de ce moine revenu à la vie laïque.
Le rayonnement exceptionnel de notre moine dans le Kyoto du milieu du XVIIIe siècle, sa fréquentation d'autres personnages hors du commun, tels que le célèbre peintre Jakuchu Ito (1716-1800), pour lesquels le retrait du monde était non pas synonyme de solitude mais d'un repli sur les affinités électives d'amitiés complices, influença l'attitude des lettrés, dont l'écrivain libertin Kafu Nagai (1979-1959) fut un épigone.
Retirés du monde pour s'affranchir de ses contraintes dans une farouche quête de liberté, ces excentriques estimaient que "l'attitude normale était précisément de sortir de la normalité". Et ils étaient admirés par leurs contemporains pour ce choix de vie.
Et aujourd'hui ? François Lachaud évoque le retour d'une attirance diffuse pour le détachement du monde dans une société vieillissante. L'allongement de la vie et la solitude choisie ou involontaire, marquée du sceau "infamant" de l'inutilité au regard du productivisme, conduisent à repenser les modes de vie et les relations à la communauté : "Le souci de soi, de la part d'ombre, le monde intérieur, la culture du détachement du monde sont une des formes essentielles de la recherche d'identité dans le Japon d'aujourd'hui."
L'excentricité est une construction historique et sociologique qui varie en fonction des époques et migre d'un domaine à un autre. Dans la riche expérience de leurs excentriques - ou excentrés - du passé, qui ont élevé le retrait du monde au niveau d'une esthétique de vie, les Japonais contemporains ont bien des voies à méditer.
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Philippe Pons"
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